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this night on earth

Il y a tous ces parfums, un, deux, trois, des dizaines qui se mélangent et dont il devient vite impossible de distinguer l’origine. Il y a tous ces corps qui se pressent et qui s’oppressent. La fumée m’infiltre, remonte dans mes narines et tire ma peau. A chaque fois, je me dis « dernière clope » mais je finis toujours par en rallumer une autre. Je me demande ce que cela ferait, si je m’accroupissais sous le bar, sans rien dire, et restait là à observer. Est-ce que je comprendrais encore quelque chose en fixant simplement le va et vient de toutes ces jambes sur le sol usé et crasseux.

Il y a la musique, qui me plaît, puisque c’est sa sélection et que je le retrouve dans ces choix. Tête baissée derrière la vitre, il ne m’a pas remarquée alors que je lui tends sa vodka dans laquelle de tristes glaçons vivent leurs derniers instants. Je l’observe en silence. J’ai l’impression de lui voler un peu d’intimité et cela m’apaise doucement. Je me dis qu’il ne me voit pas parce que je ne veux pas qu’il me remarque. C’est comme si j’avais la possibilité de me fondre dans le décor, de devenir transparente, comme les poissons argentés qui passent entre les jambes l’été dans l’eau salée et qui disparaissent avec le mouvement des vagues. Je plaque ma main sur la vitre et je me dis « je suis Célia » en le fixant obstinément. Ses yeux se relèvent soudain, riant alors que le verre se décompose et que la vodka inonde mon bras tendu.

Je regarde les filles en faisant la queue aux toilettes, elles rient ou s’engueulent, refont la vie des garçons en analysant ensemble les lignes tracées par les sourires et les regards échangés à travers des verres trop troubles. Je les regarde se remaquiller, rajuster leur chemisier, plaquer les mèches frivoles. Je ne peux pas m’empêcher de comparer leurs formes aux miennes, c’est si dur de savoir ce à quoi on ressemble vraiment, est-ce que mes fesses sont plus grosses que les siennes, est-ce je suis plus jolie. Je vois les yeux charbonneux et les lèvres brillantes, je les imagine se préparant plus tôt, choisissant leur tenue, peut-être pour un garçon plus particulièrement. Je me glisse derrière l’une d’elle, pour voir ce que les autres comparent. Alors je pense à cette photo de moi adolescente. Je sortais de l’eau en courant avec une amie, j’étais si mince alors que je me trouvais déjà grosse. Un garçon est allongé au premier plan, son regard se porte vers nous. Je n’ai jamais su laquelle il regardait.

Plus tard en rentrant, je me déshabille dans le noir et me couche. Le néon du bar à putes clignote amèrement sous mes fenêtres. Je remonte la couverture sur mes yeux, comme lorsqu’enfant je me cachais dans une cabane dans le grenier, faite de raphia et de paille en me répétant « si je ne vous vois pas c’est que vous ne pouvez pas m’attraper ».  

30.4.06 21:07


toi(t)

Deux fois par jour, sur le balcon de la rotonde

du haut de cinq étages, je surplombe le boulevard Sébastopol

deux fois par jour, je craque une allumette

que j’ai volée à un collègue, je protège sa flamme du vent,

en refermant la fenêtre

j’aperçois mon reflet dans la vitre

la frange et les cernes

qui se confondent avec l’agitation du bureau

Je n’entends plus le téléphone sonner, le fax biper,

pour une seconde j’emmerde les clients

et je m’accroupis, car j’ai le vertige, le vide m’attire et je le retiens

Je passe ma main à travers le grillage en forme de losange

Je ferme un œil et puis l’autre pour faire bouger la rue si active au gré de mes envies, le stroboscope rétinien

La fumée s’envole et se dissipe

Je pense à lui, à lui et à elle, c’est là que j’imagine, les notes que je vais écrire

Je pense à ce que l’on fera, plus tard, en bas

Je lui dis doucement, que je l’aime et que j’ai envie

Je lui murmure très fort que 

Parfois, il me semble reconnaître un ami sur le trottoir d’en face

Je pense alors à d’autres, que j’ai laissés loin derrière

Je pense alors à celle, que j’ai laissée loin derrière

Je voudrais trouver la force de retourner à New York

Lonelygirlinny, lonely girl in ny

C’était moi pendant un an

Et pas lovely girl in ny comme il me l’a rappelé quand je fus rentrée

Simon m’a dit

C’est comme si j’avais trop bu d’un liquide

Et ce trop plein laisse des traces, cela prend du temps pour qu’il s’écoule

Il a rempli mes poumons Complètement

C’est comme s’il avait non seulement coloré mon passé et par la même taché mon présent

Et lonelygirlinny est un dur souvenir

Parce que, réunis sous le même toit, je n’avais jamais été si loin de la personne que j’aimais le plus

Aujourd’hui, un autre toi(t)

Sur le balcon de la rotonde

Deux fois par jour

J’ai des bouts de vie en accéléré

Un jour un passant est monté

Parce qu’il avait reçu un mégot sur la tête, du haut du 5ème étage

La fumée s’envole et se dissipe Et dire qu’il faudra pourtant

Que j’arrête de fumer.

 

 

28.4.06 19:04


Le trajet du retour avait été silencieux. Nous avions éteint l’auto radio pour profiter du calme des vallées verdoyantes. Mécaniquement, j’avais tiré  l’appareil photo de mon sac, vieux réflexe dès que je monte dans une voiture, mais je l’avais vite reposé sur mes genoux après quelques essais infructueux. A l’arrière, les filles dormaient, chacune la tête calée entre le fauteuil et la fenêtre. Les rayons du soleil striaient leurs visages à intervalle régulier. Je jetais de temps en temps un coup d’œil dans le rétroviseur, et plus leur sommeil semblait profond, plus elles me paraissaient rajeunir. Juliette fixait la route, sa présence si délicate m’apaisait. Elle semblait absorbée dans un autre monde, me demandant parfois le feu pour allumer une clope et pour la première fois en de longues heures remplies de bavardages ininterrompus, je cessais de me demander à quoi elle pouvait bien penser.

 Je fixais la ligne blanche juste sous mes yeux qui se déformait lorsque le pare brise l’avalait, puis je levais les yeux pour regarder le plus loin possible, pour trouver le point le plus éloigné à l’horizon. Quand j’étais petite, j’étais systématiquement malade en voiture et je passais mon temps à me raconter des histoires farfelues pour détourner mon attention du trajet, pour détourner mes pensées nauséeuses. Oublier son corps devient vite une habitude. Un réflexe. Comme sortir l’appareil photo de mon sac pour avoir quelque chose à toucher, pour se projeter dans un autre objet.

Alors j’ai pensé à ce qui pourrait se produire si j’ouvrais la porte, sans prévenir, j’ai pensé à la violence du choc tout en sachant pertinemment que je ne pouvais que bien mal l’imaginer, qu’elle serait forcément pire. J’ai senti un poids s’abattre sur ma poitrine. C’est ainsi depuis toujours. En quittant Tristan l’autre jour, je lui ai demandé si lui aussi ressentait un poids sur la poitrine. Il a souri, de ce sourire énigmatique que suivant mon humeur je considère juge ou amical. Et il m’a serré dans ses bras en me disant que non. J’ai attrapé le paquet de Mikado et j’ai commencé à les manger un à un en faisant fondre le chocolat dans ma bouche tout en essayant de ne pas casser le bâton. C’est une feinte pour se rassurer. J’en ai des tonnes en réserve, ça fonctionne aussi avec la croûte des croissants et la garniture des pizzas. J’ai placé mon pouce sur ma gorge, pour sentir mon cœur battre. J’ai souvent l’impression qu’il pourrait s’arrêter sans que je m’en rende compte. Tu sais, maintenant je vais répondre à ta question « qu’est-ce qui compte le plus pour toi, quelle est la chose que tu veux vraiment accomplir dans ta vie ». Moi je veux un truc tout con que tout le monde semble parvenir à faire si simplement. Je veux vivre sans avoir peur de mourir. Je veux fumer des cigarettes sans me dire que je vais avoir un cancer du poumon. Je veux boire du vin sans me dire que c’est mauvais pour la santé. Je veux manger sans me dire que ça va me faire grossir. Et je veux respirer en arrêtant de penser à mon cœur qui bat.  

26.4.06 13:09


A peine distinct, au loin dans la nuit de printemps froide, à travers le silence de la ville qui, après avoir rêvé, se tourne maintenant vers un sommeil sans rêve, tel un amant rassasié que nulle caresse n'émeut, le son des talons de la fille sur la place en bas. Plus précis à présent qu'ils se rapprochent du pont ; et, bientôt, quand elle passe devant les fenêtres sombres, ce claquement, comme des flèches, fend le silence. Maintenant on les entend au loin - talons qui brillent comme des diamants parmi la nuit, se hâtant par-delà le cimetière, silencieux vers quel terme de leur course - quel coeur - portant quel message ?

billyname

2.5.06 15:05


Vendredi 14 avril - les Loutres envahissent le Paris Paris

Vendredi à partir de 22h au Paris Paris - 5 avenue de l'Opéra (pour s'inscrire sur la liste, écrire à ariane@gangz.org )

les LOUTRES envahissent les lieux...allez voir par ici: http://www.jaloutre.com/dotclear/index.php

AU programme:

Girls and Blogs (www.20six.fr/girlsandblogs )

Léonard de Léonard (http://www.myspace.com/leonarddeleonard)

Justice (http://www.myspace.com/etjusticepourtous )

DJ Medhi (http://www.myspace.com/djmehdi 

flyer: Marguerite Sauvage (http://www.margueritesauvage.com/ 

 

 

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13.4.06 14:49


Elle est fiancée. Elle danse avec eux à la party – la robe blanche se soulève légèrement dans la ronde, un bouquet de fleurs blanches dans ses cheveux ; les yeux en malice mais le regard fuyant, une faible rougeur sur la joue. Un instant, sa main est dans la mienne. Sous l’ombre de l’escalier, un instant nous sommes sous la tonnelle – il y a des milliers de fleurs blanches en écho, sous la tonnelle.

« Vous venez très rarement ici maintenant.

 - Oui, je deviens une sorte d’ermite.

- J’ai vu votre amie l’autre jour… Elle vous ressemble beaucoup.

- Vraiment ? »

Elle danse avec eux à la party – avec science, avec douceur. Cependant, le bouquet blanc s’ébouriffe à mesure qu’elle danse et, lorsqu’elle est dans l’ombre de l’escalier, la rougeur de sa joue se fait plus vive.

posted by billyname.

 

2.5.06 15:05


l'ennui

Il passait la main dans mes cheveux et sur mon pull angora blanc en murmurant doucement « tu es si jolie, tu es si jolie ». Il me touchait comme s’il avait peur de me casser, avec tendresse. C’était un garçon tendre, inutile d’en douter. Je m’étais levée, titubante, pour essayer de trouver un repère, j’avais inséré un album dans la platine, le seul que j’avais reconnu dans la pile que je venais de renverser d’un coup de pied absent. En me retournant vers lui, j’avais vu ses yeux fondre dans son sourire, il m’avait tendu la main en m’attirant vers lui et m’avait dit « c’est fou, ce matin j’ai mis ce disque, je l’écoute rarement, et je m’étais dit que quelque chose de spécial allait m’arriver aujourd’hui ».

C’était le 1er janvier 2005 et j’étais incapable de me souvenir de son prénom. Sébastien. Nicolas. Julien. Maxime. Rien ne semblait vraiment lui convenir. Je pensais aux bouteilles de champagne dans la baignoire et au fait qu’on était jeune qu’une fois. Je ne savais plus qui m’avait glissé cela à l’oreille, mais à cet instant je l’aurais volontiers giflé.

Je regardais par la fenêtre la rue de Belleville, désespérément vide en ce premier jour de l’année. Cela faisait quatre ans que je ne m’étais pas retrouvée dans l’appartement d’un inconnu et cela me déplaisait fortement. Je me forçais à penser à cette date, celle de toutes les bonnes résolutions, je m’obligeais à voir toute l’ironie de ma langue dans la bouche du mauvais garçon. Je pensais à l’autre, respirant fortement sous nos draps, dans la chambre étroite que nous avions laissée sans décoration pendant les trois mois qui avaient suivi mon arrivée. Je me rappelais de cet espace commun, celui de la vie de couple, dans lequel les baignoires remplies de champagne se vident toujours à deux. J’ouvrais les yeux pendant que Nicolas-Sébastien-Pierre m’embrassait, et je le méprisais volontiers d’être aussi étourdi, de n’avoir pas su me laisser dormir en paix en ce premier jour de l’année. J’aurais voulu me trouver nulle, m’en vouloir à mort, mais rien ne venait, pas même les larmes, juste le sentiment d’avoir consciemment poussé l’espace commun dans un impasse, de l’avoir mené vers sa trop certaine fin.

Bande son: My Broken Frame, c'est ici: www.myspace.com/mybrokenframe et c'est magnifique.

 

24.2.06 14:56


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